L'histoire du Fort Boyard

L’histoire du fort sur un site Internet consacré à Fort Boyard, c’est une étape obligatoire. Un retour en arrière passionnant pour découvrir comment ce vieux fort a pu immerger au milieu de la rade de Rochefort. Pour changer des textes interminables, Fan-FortBoyard.fr a rédigé cette fabuleuse histoire d’une façon différente. Nous allons reprendre les points forts, en partant toujours d’une date ou d’une année. Une façon simple et plus agréable de suivre l’évolution de ce qui deviendra le fort le plus célèbre de France !...

L'origine : Un banc de sable bien placé

1585 : Le hollandais Lucas Janszoon Waghenaer, édite un manuel de navigation où figure pour la première fois la "Longe de Boyard". Il s'agit d'un haut-fond formant un long banc de sable situé entre les îles d’Aix et d’Oléron, et bien connu des navigateurs locaux. Surnommée alors "ban iaert" (le Banc), puis plus tard "banjaert hollandis" (le Banc des Hollandais), il deviendra la "Longe de Boyard" au fil du temps et par déformation des cartes françaises.

Plan de la rade de RochefortPlan de la rade de Rochefort

Le besoin : La protection de l'Arsenal de Rochefort

1666 : Année de la création de l’Arsenal de Rochefort. Ce port de guerre est conçu sur les rives de la Charente, bien à l’abri à l’intérieur des terres. L'inconvénient, c'est qu'il n’y a pas assez d’eau pour les navires qui quittent le port. Pour compenser ce défaut, ils doivent être amener à vide jusqu’à l’océan, où là, ils sont chargés en matériel et en hommes. Un transfert délicat et vulnérable, c'est pour cette raison qu'une défense solide s’impose à l'embouchure de la Charente.

Heureusement, comme la plupart des ports de guerre, Rochefort dispose d’une rade délimitée naturellement par les îles d’Oléron, d’Aix et la presqu’île de Fouras. C’est déjà une bonne protection, mais pour renforcer les espaces ouverts entre ces îles, plusieurs forts sont construits sur les côtes.
Malgré ces constructions, il reste deux espaces non protégés : l'un entre Fouras et l’île d’Aix, l'autre entre les îles d’Aix et d’Oléron. La portée des canons des forts militaires déjà construits sur ces deux îles ne se croisent pas. Il y a donc un grand passage non protégé au milieu.

Pour les ingénieurs militaires, il est indispensable d’édifier un fort, sur la "Longe de Boyard", située au milieu de la passe entre les îles d'Aix et d'Oléron. Avec des canons, ce futur fort qui sera au centre de la passe, il permettra de fermer cette "porte" grande ouverte. On fait appel à l'architecte militaire Vauban, afin de réaliser les sondages nécessaires sur la zone de la future construction. Ce dernier déclara au Roi avec une phrase désormais célèbre : "Sire, il serait plus facile de saisir la Lune avec les dents, que de tenter en cet endroit pareille besogne".
Nous saurons plus tard que le problème était plus financier que technique...

La conception : Un siècle et demi pour se décider

1674 : Déjà 10 ans que le port de Rochefort fonctionne, et le problème de la protection de la rade n’est toujours pas résolu. Une nouvelle idée est lancée. Pourquoi ne pas placer en permanence des chaloupes canonnières au milieu de la rade ? Bonne idée, mais dans la pratique, elles ne pourraient pas tenir le coup lors des tempêtes. Le projet est abandonné. Finalement, pour faire plus simple, l’ingénieur militaire Clerville, décide plutôt de se recentrer sur le Château d’Oléron (sur l'île d'Oléron) pour en améliorer les fortifications...

1692 : Le capitaine de vaisseau Descombes fait remonter le projet d’un fort sur la Longe de Boyard, mais malheureusement cela restera une idée sans suite.

1757 : L’île d’Aix est envahi par les Anglais. Un combat de 53 minutes, où les navires français ne pourront rien faire face aux débarquements de 6 000 hommes venus pour piller et mettre à sac toute l’île. Les Anglais n’arriveront toutefois pas à débarquer sur le continent et ils repartiront quelques jours plus tard.

1763 : Il aura fallu attendre le drame de l’île d’Aix en 1757, pour que le projet d’un fort refasse surface. C’est l’ingénieur militaire Filley, qui présenta un projet complet avec plans et estimations pour une construction sur la Longe de Boyard. Il prévoit un fort rectangulaire à 1 étage, qui est armé sur trois cotés et qui dispose d’un petit port. Hélas, le financement de cette construction n’est pas possible pour le Royaume. En attendant, la passe entre l’île d’Aix et l’île d’Oléron est toujours sans défense.

9 mai 1801 : Le projet ressort de façon concrète sous Bonaparte. Une commission est chargée d’étudier à nouveau la protection de la rade de Rochefort. Au terme de cet entretien, il en ressort l’idée d’un fort à deux niveaux en forme d’anneau elliptique, dont le coût est estimé à 830 000 Francs.

1802 : Après débat, Ferregeau, inspecteur des travaux maritimes, sort un dossier définitif accepté en 1803.

Projet du Fort Boyard en 1801Projet du Fort Boyard en 1801

La construction : Les tentatives pour faire les fondations

1803 : Le projet prévoit un important enrochement, qu’il faut créer totalement sur la Longe de Boyard. Cette année 1803 est consacrée à la préparation du futur chantier. Une véritable petite ville est créée sur l’île d’Oléron avec des bâtiments, des clôtures, des chaussées pavées : Boyardville est née. C’est durant cette année que l’on définit les lieux où l’on peut ouvrir des carrières : l'île d'Aix, les villes de Fouras et de Port-des-barques sont retenues. Au large, on définit la localisation exacte du fort, grâce à des sondages précis. Initialement prévu à 1 300 mètres de l’île d’Oléron (au point le plus haut du banc de sable), il sera finalement situé 1500 mètres plus à l’Est. Il est donc situé à un endroit où les fonds sont plus profonds, mais il est dans une position plus centrale par rapport aux deux îles.

1804 : Les travaux débutent véritablement. La Marine fait appel à des travailleurs militaires pour compléter les groupes civils. Quelques mois après l’ouverture des carrières, le premier bloc de 7m³ surmonté d’une balise en fer est immergé au centre de la base du futur fort. Ce bloc principal est rapidement entouré des pierres de l’enrochement. Par manque de moyens, le chantier ne va pas très vite. Les gabarres qui apportent les pierres sont beaucoup trop chargées et sombrent avec les hommes d’équipages, avant même que celles-ci ne parviennent sur le chantier.

Mai 1805 : Le chantier reprend après l’hiver. Des nouveaux navires arrivent de Lorient avec des centaines d’hommes. Les ouvriers posent 16 000m³ de pierres pour construire l’enrochement.

1806 : Il y a désormais 300 prisonniers militaires autrichiens qui travaillent dans les carrières de l’île d’Aix. Ainsi, ce sont encore 16 000m³ de pierres qui sont positionnées. Malheureusement, les tempêtes de fin d'année emporteront une partie de l’assise, elle sera reconstruite rapidement avec des blocs artificiels.

1807 : De nouveaux moyens arrivent et la construction de la deuxième partie de l’assise débute. Les joints entre les blocs sont garnis à la chaux hydraulique et les blocs autour de la construction sont reliés par des crampons de fer. À la fin de l’année, c’est 20 000m³ supplémentaire qui sont en place. En décembre, les ingénieurs constatent que l’enrochement a descendu de 1,2 mètre dû à son propre poids. L’hiver qui arrive va en détruire à nouveau une bonne partie.

1808 : Comment continuer les travaux ? Entre critiques de toute part et le budget déjà dépassé, la construction du fort est un fiasco. Les ouvriers sont mécontents, car ils ne sont plus payés, faute de budget. Le 5 août 1808, Napoléon visite le chantier, les résultats tomberont l’année suivante...

La construction : Les brûlots de l'île d'Aix arrêtent le chantier

1809 : Le projet du fort est réduit, de même que l’armement prévu. L’orientation change aussi. Les deux façades les plus longues pourront tirer aussi bien du côté de l’île d’Aix, que du côté d’Oléron. Les travaux reprennent sérieusement, avec trois navires et une centaine d’ouvriers. Mais d’autres évènements plus tragiques surviennent cette année. L’ensemble du littoral est soumis au blocus maritime. La flotte anglaise se rapproche des côtes françaises, et le 1er avril, ils mitraillent les ouvriers du chantier du fort. Les travaux sont suspendus, tout le monde rentre à Rochefort, pour la défense de l'arsenal.

Quelques jours plus tard, du 11 au 15 avril 1809 a lieu la terrible affaire des Brûlots de l’île d’Aix. Les Anglais s’approchent des côtes françaises, ils alignent 76 bâtiments face aux Français qui n’ont préparé que 11 vaisseaux et 4 frégates. Pourtant, les Anglais ne prendront pas de risque, puisqu'ils vont utiliser la technique des brûlots. Ils disposent de 50 brûlots (des navires sans équipage avec des matières explosives) et leur but est d'atteindre les navires français pour les enflammer à leur tour. Le sens du vent est évidemment en faveur des Anglais.
Le désastre ne se fait pas attendre, après une première brèche dans la défense, les brûlots s’engouffrent et enflamment des vaisseaux français qui s’échouent. Après ces 4 jours, qui amènent à la victoire des Anglais, ils maintiendront une présence sur les côtes françaises.
Le chantier du Fort Boyard est donc suspendu partiellement en juin et la suspension totale intervient en fin d’année.

1810 : La construction du Fort Boyard est abandonnée, pourtant depuis 1802 ce sont déjà 3,5 millions de Francs qui ont été dépensés ! La rade de Rochefort n’étant toujours pas étanche, on décide de la construction du Fort Enet entre Fouras et l’île d’Aix, la deuxième "porte ouverte" de la rade. Il ne faut que deux années pour construire ce fort au lieu de l'océan. Certes, il est de plus petite dimension que le projet du Fort Boyard, et il est plus accessible depuis les côtes à marée basse. Aujourd’hui, ce fort est toujours bien présent et habité.

La construction : Le chantier reprend avec de bonnes bases

1837 : La situation n’a pas bougé depuis presque 30 ans. Pourtant, le ministre de la Marine souhait la reprise des travaux du Fort Boyard. Selon lui, le travail sera maintenant facilité grâce à des navires plus modernes et surtout, le pays est désormais en état de paix. Des inspecteurs reviennent alors sur le lieu du chantier du Fort Boyard. On constate rapidement que l’ensemble de l’enrochement mis en place de 1804 à 1809 s’est affaissé d’un mètre. L'avantage, après déjà 30 ans de présence au fond de l'océan, c’est qu’il est maintenant solide et compact, on peut donc construire dessus sans problème.

1841 : Les nouveaux détails de la construction du Fort Boyard sont enfin fixés. Les assises sont réalisées d’une nouvelle façon avec du ciment hydraulique pour faire des murets, puis de la chaux hydraulique, le tout maintenu par du ciment a prise rapide. Pour éviter l’éboulement, on construit aussi une risberme (une dalle de consolidation qui fait le tour de l'implantation du fort) tout autour de laquelle il y a trois rangés de blocs artificiels de 15 m³ chacun.

1842 : Le gouvernement débloque 4 millions de Francs sur 4 ans. Les travaux reprennent activement, et sur l’île d’Oléron, on s’affaire à remettre en état les bâtiments et les quais pour les ouvriers.

1843 : Dès le mois d’avril, tout est prêt pour entamer la poursuite du chantier et l’organisation est au point. En effet, deux équipes travaillent en parallèle. Une première est présente sur l’enrochement lorsque les marées le permettent ; la deuxième prépare le ciment sur l’île d’Oléron, qui est ensuite acheminé via des gabarres. Sur place, le béton est coulé sur les parties préparées par la première équipe, et ainsi de suite. Le déroulement des travaux d’assises va ainsi se dérouler sans encombre durant les deux années suivantes.

1845 : En parralèle, alors que le Fort Boyard peine à sortir de l’eau, les ingénieurs de la Marine imaginent déjà la construction d’un autre fort, en plein milieu de la rade de Rochefort : le Fort Joinville. Visuellement, c'est le petit frère du Fort Boyard, avec un projet identique mais avec un seul niveau. Un projet fou qui ne verra jamais le jour.

1845 : Le projet du Fort Boyard obtient quelques améliorations, avec l'ajout d'un havre d’abordage.

1846 : À la reprise du chantier après l’hiver, certains blocs artificiels des assises ont bougé à cause des tempêtes. Il est décidé de reprendre l’ensemble du pourtour des assises, en commençant par élargir de 2 mètres supplémentaires la risberme. De ce fait, l’ensemble des blocs artificiels mise en place des années précédents doivent être décalé.

1848 : Les travaux ont pu reprendre réellement cette année-là, en utilisant des fonds supplémentaires fictifs, puisqu’il n’y avait plus d’argent disponible. Le 14 octobre 1848, les assises du Fort Boyard sont terminées et remises au Génie Militaire. Elles sont nettement visibles et atteignent 2 mètres au-dessus des plus hautes mers. Depuis 1842, ce sont 2,9 millions de Francs qui ont été nécessaires seulement pour les assises de la construction.

La construction : Le fort s'élève en moins de 10 ans

1849 : Des crédits nécessaires sont débloqués, même si on constate que depuis 10 ans, la métallurgie et l’artillerie ont considérablement progressé. Est-il alors nécessaire de continuer la construction du Fort Boyard sachant que les innovations du matériel vont continuer au fil des années futures ? La réponse est oui ! Le Fort Boyard existera bien. Il sera de forme rectangulaire arrondi à ses extrémités. Prévu dans l’enrochement, il y a déjà des citernes et des soutes en sous-sol.  Il faut maintenant réaliser le rez-de-chaussée, les deux étages supérieurs et la terrasse.

Coupe du Fort Boyard (1854) montant son aspect pour 1855-1856Coupe du Fort Boyard (1854) montant son aspect pour 1855-1856. Le sous-sol, le rez-de-chaussée et le premier sont terminés. Le 2e étage, la terrasse et la vigie (murs en jaunes) reste à construire.

1850 : Tout s'enchaîne, l’organisation du chantier est à nouveau exemplaire. La partie Nord du rez-de-chaussée est construite en premier.

1852 : Le rez-de-chaussée du fort est construit.

1854 : Le premier étage du fort est construit.

1856 : Le deuxième étage est construit.

1857 : La terrasse et le fût de la vigie sont construits, ce qui marque la fin du gros-œuvre.

1859 : Les aménagements à l’intérieur du fort sont construits, puis les premiers canons sont d’ores et déjà implantés. C’est au mois de décembre de cette même année, que la décision de construire un brise-lame et un havre d’abordage est prise. Pour le brise-lame, il s’agit d’une muraille 20 mètres à l’avant du fort (au Nord), en forme de chevron avec une ouverture a 120°. Pour le havre d'abordage, il s’agit de deux jetées de 22 mètres de long et 4 mètres d’épaisseur à l'arrière du fort (au Sud). Ce chantier va s’étaler sur quelques années seulement, grâce aux moyens plus importants mise en place.

Plan de la base du Fort Boyard (1854)Plan de la base du Fort Boyard (1854) montrant les blocs de l'enrochement artificiel, les jetées du havre d'abordage et le projet du brise-lames de type chevron (qui sera finalement un éperon)

1864 : Le havre d'abordage est construit. Le brise-lame pose des problèmes et le contrat de l’entrepreneur est résilié. C’est alors que la Marine décide de remplacer le brise-lame de type chevron, par un brise-lame de type éperon, s’appuyant directement sur la base du Fort. De ce fait, les vagues pourront se diviser de chaque côté du fort sans pour autant déferler. En même temps, les deux jetées du havre d'abordage sont déjà prolongées de 22 à 30 mètres, et une troisième jetée est construite depuis l'extrémité d'une jetée existante, dans le but de refermer partiellement le havre, créant ainsi une zone à l'abri des vagues.

Vue du Fort Boyard depuis l'une des jetées du havre d'abordageVue du Fort Boyard depuis l'une des jetées du havre d'abordage

6 février 1866 : Le procès-verbal d’achèvement du Fort Boyard est signé ! La bâtisse est protégée des vagues, on peut y accoster, elle peut maintenant prendre son véritable rôle : défendre la passe entre les îles d’Aix et d’Oléron !

La mise en service : Un bâtiment neuf et déjà inutile

1868 : Il ne faut pas attendre longtemps pour se rendre compte que le Fort Boyard est inutile. Voilà quelques années que les canons des forts des îles d'Aix et d'Oléron ont bien évolué, et leurs tirs se croisent sans aucun problème. Du coup, l'inutilité du Fort Boyard se confirme, et il ne recevra jamais les 74 canons prévus dans le projet d'origine. Cependant, pour ne pas montrer l'échec du Fort Boyard, il est armé de 30 vieux canons de 16 centimètres du type 1858-60 modifiés en usine. Malgré tout, cela reste des vieilleries qu’il faut charger par la gueule. Seule la terrasse et le rez-de-chaussée du Fort sont équipés. Les deux autres étages ne reçoivent aucun canon, et ils sont équipés de façon plus pratique pour loger les hommes.

Les vieux canons installés sur la terrasseLes vieux canons installés sur la terrasse

Les reconversions : Prison, poste de surveillance, déclassement

1871 : Inutile pour la défense, le fort doit se trouver une autre fonction. De par sa situation, c’est un rôle de prison qu’il va obtenir rapidement. Il accueille 300 détenus condamnés par le conseil de guerre, notamment Jourde, Grousset et Henri de Rochefort. Ce dernier, célèbre journaliste, n’y passe que huit mois enfermer dans sa casemate du 2e étage (l’actuelle cellule 218) avant plusieurs transferts, puis une déportation en Nouvelle-Calédonie.

22 juin 1872 : Fin de la période prison pour le Fort Boyard. Les derniers prisonniers sont partis, la Marine occupe le vaisseau dans le cadre de la défense passive du territoire. Seulement 5 à 6 hommes occupent le monument pour surveiller les torpilles immergées, que l’on peut faire exploser dès qu’un navire ennemi s’approche. Cette année-là, le fort est aussi relié par un câble télégraphique sous-marin à Rochefort et Boyardville.

1873 : Le marégraphe du Fort Enet est déplacé au Fort Boyard (dans l'actuelle cellule 118).

1880 : La tour de vigie est dotée d’un phare qui éclaire la rade et le pertuis d’Antioche.

1895 : Une ligne de torpilles immergées explose accidentellement, ce qui soumet le Fort Boyard à un véritable tremblement de terre ! Heureusement, aucun dégât n'est constaté sur le monument.

1907 : Le fort est ravitaillé tous les 8 à 10 jours depuis Rochefort, malgré les intempéries qui font ralentir la cadence à plusieurs reprises jusqu’en 1910.

1910 : Il ne reste plus que 3 personnes à temps plein sur le fort : un quartier-maitre torpilleur, un marégraphiste et un gardien de batterie qui tente d’entretenir des canons déjà bien vieux.

1913 : À la veille de la première guerre mondiale, le fort est déclassé. Les travaux d’entretien sont stoppés et les derniers occupants s’en vont. Le matériel présent dans les cellules reste sur place.

L'abandon : Une ruine au milieu de la mer

1914-1918 : Durant la première guerre, seul un petit détachement revient sur le fort, sans grande utilité.

1925 : Le fort doit être débarrassé de ses derniers vestiges et notamment les canons abandonnés depuis plus de 10 ans. Deux ferrailleurs de la région n’hésiteront pas à faire exploser les plus grosses pièces directement dans les cellules ! Les aménagements intérieurs, comme les boiseries, les portes, les volets et les fenêtres sont arrachés par les pillards.

La cour intérieure au début du XXe siècleLa cour intérieure au début du XXe siècle, peu de temps après le début de l'abandon.

1931 : L’état souhaite enfin se débarrasser de l’inutile Fort Boyard, en le mettant en location pour une mise à prix de 300 Francs par an minimum. Il revient finalement à une personnalité de la région pour 900 Francs par année. Au fil des années suivantes, le fort se dégrade très rapidement en l’absence d’entretien. À la veille de la deuxième guerre mondiale, les jetées du havre d'abordage et le brise-lames sont déjà en mauvais état, avec de nombreux trous.

1939-1945 : Pendant la deuxième guerre mondiale, rien ne s’arrange. Les Allemands ne prennent même pas la peine d'occuper le Fort Boyard. Ils font même le contraire, puisqu’ils s’en servent de cible géante en effectuant des tirs d’exercices ! Le fût de la vigie ainsi que la façade Est (côté Île d'Aix) sont encore marqués par de nombreux impacts de balles de nos jours.

1er février 1950 : Le fort reçoit une petite compensation avec une Inscription au titre des Monuments Historiques (dit "Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques" jusqu'en 2005). Ce titre est surtout une protection, puisque désormais, toute modification future sur et dans le monument sera ne pourra se faire qu'après l’accord des Architectes des Bâtiments de France (ABF).

1955 : Sans entretien depuis 1913, le havre d'abordage disparaît totalement au début des années 50, détruit par la force des vagues. Les pierres des trois jetées sont étalées au Sud du fort sur la Longe de Boyard, visibles uniquement lors des grandes marées basses. En revanche, il reste encore une partie du brise-lames, mais son efficacité est fortement réduite. On ne distingue déjà plus la forme de l'éperon triangulaire, qui ne représente désormais plus qu'un gros bloc au pied de la façade Nord du fort. Ce dernier vestige sera lentement détruit par la force des vagues, dont le dernier mordeau visible en permanence disparaîtra de la surface de l'océan à la fin des années 90, probablement lors de la tempête de 1999.

20 juillet 1958 : Un énorme tremblement de terre secoue l’île d’Oléron. Le Fort Boyard se trouve au niveau de l'épicentre. Aucun dégât important n'est déclaré.

L'abandon : Une vente à 28 000 Francs

4 octobre 1961 : Le ministère des armées indique qu'il ne souhaite plus conserver le monument. Le Fort Boyard est simplement mis en vente avec mise à prix de 7 500 Francs (voir affiche ci-contre).

28 mai 1962 : C'est le jour de vente du Fort Boyard. À l’Hôtel de Ville de Rochefort en Charente-Maritime, seulement 2 acheteurs sont présents : l’association "Les Amis du Fort Boyard" créée quelques mois plus tôt par le fils de Pierre LOTI. Son but étant de sauver le fort et de ne pas le laisser entre les mains de n’importe qui. Les membres de cette association indiquent avant la vente que de toute façon, les enchères n’augmenteront pas beaucoup, et que la vente s’avère facile.
Face à eux, Éric AERTS un dentiste belge d’Avoriaz, son offre surprise de 28 000 Francs remportera largement face à l'association "Les Amis du Fort Boyard". Le Fort tombe dans les mains du dentiste et devient ainsi une propriété privé. On apprendra plus tard, qu’il a acheté le fort sur un coup de cœur, sans avoir aucune idée de ce qu’il pourrait en faire.
Éric AERTS passera quelques jours dans sa nouvelle propriété dans les années 60, mais n’y remettra plus les pieds à partir des années 70. L’aggravation des dégradations continue chaque été avec plusieurs occupants et passionnés de la région, qui s'offrent une visite dans le monument. Malgré son statut de propriété privé, le fort est ouvert à tous et reste accessible assez facilement par bateau lorsque la mer est calme.


Extrait INA - Aquitaine magazine - 31 mai 1962

L'abandon : Les prémices d'un nouveau destin

1966 : Pour la première fois, le fort accueille des caméras pour le film Les Aventuriers de Robert ENRICO, avec notamment Alain DELON et Lino VENTURA. Plusieurs scènes du film sont tournées sur place au cours du mois de septembre, dont une impressionnante fusillade.

Photo du tournage du film Les Aventuriers avec Alain DELONPhoto du tournage du film Les Aventuriers avec Alain DELON

1975 : On découvre cette année-là que le fort constitue la colonie la plus méridionale du goéland argenté. Ces soldats de plume, aux nombres de 60 couples sont bien chez eux et occupent le fort.

1979 : Plusieurs offres de rachats du Fort Boyard se font entendre dans la région, mais à chaque fois, le propriétaire Éric AERTS ne donne pas de suite. Pourtant, nous savons cette année-là qu’il souhaite se séparer du fort.

1981 : Le Fort Boyard est à nouveau sur le devant de la scène, avec le tournage de l’émission La Chasse au trésor animée Philippe DE DIEULEVEULT pour Antenne 2 et produit par un certain Jacques ANTOINE. L'animateur-aventurier va vivre une expérience assez surprenante avec une arrivée en hélicoptère, d’où il plonge directement dans l’océan pour arriver tant bien que mal jusqu’à l’escalier à la mer. Il trouve la solution de son énigme en plein cœur du fort, avant d’y passer 3 heures en attendant de pouvoir repartir !

1983 : Dans les années 80, les idées les plus farfelues fussent pour offrir un digne avenir au Fort Boyard : un festival de musique, un feu d’artifice, la création d’un complexe hôtelier, où l’idée d’un étudiant nantais d’y créer des appartements, une salle de spectacle pour 800 personnes dans la cour intérieure et pour rendre l’accès plus facile, il imagine la reconstruction du havre d’abordage !


Visite du Fort Boyard en juillet 1986 (vidéo Jean Rabi)

La réhabilitation : Le rachat puis la revente pour un partenariat décisif

1986 : L'émission La Chasse au trésor s'est arrêtée lors de l'été 1985. En avril 1986, la production de Jacques ANTOINE est en quête d'un nouveau jeu d'aventures, et trois hommes sont à l'origine des prémices d'un nouveau concept :
- Jacques ANTOINE, producteur, imagine une tour dans laquelle un candidat accomplirait des exploits extraordinaires ;
- Pierre LAUNAIS, dentiste et testeur de jeu de la production de Jacques ANTOINE, pense à un personnage mystérieux qui pose des énigmes ;
- Jean-Pierre MITRECEY, reporter et réalisateur, s'inspire des jeux de rôle de l'époque avec des personnages, à la manière de Donjons et Dragons.
Avec ces idées de base, les trois "inventeurs" vont avancer en étroite collaboration pour peaufiner la première "bible" d'un futur jeu d'aventure inédit...

1987 : En avril, la question du lieu de tournage de ce nouveau jeu se pose. Il faut qu'il soit grand, isolé et avec de multiples pièces pour toutes les épreuves. Jacques ANTOINE, qui avait produit La Chasse au trésor, se souvient d'une grande tour au milieu de la mer, qu'il avait vu sept ans plus tôt lors d'une émission. Il retrouve rapidement le lieu en question. Quelques jours plus tard, Jean-Pierre MITRECEY se rend sur le Fort Boyard, qui n'est toujours qu'un vieux fort abandonné, pour l’un des premiers repérages. Après cette visite, le reporter et le producteur conclurent que le Fort Boyard était le lieu idéal pour faire le nouveau jeu qu'ils aivent en tête.

1988 : Trouver le lieu du nouveau jeu est une étape importante, en devenir propriétaire en est une autre. Bien qu'ouvert à tous les locaux et touristes qui en faisait leur terrain de jeu, le fort appartient toujours à Éric AERTS, le dentiste belge d’Avoriaz. Après de nombreuses discussions, il décida de le vendre à Jean-Pierre MITRECEY pour 1,5 millions de Francs (environ 229 000€), transféré dans la foulée à la société de Jacques ANTOINE. Après estimation des lourds travaux d’accès et de réhabilitations, Jacques ANTOINE pensa qu'il était préférable de mettre en place un partenariat avec le Conseil Général du département de la Charente-Maritime.
C'est ainsi qu'en décembre de cette même année, Jacques ANTOINE et Jean-Pierre MITRECEY se retrouvent à La Rochelle devant les élus du Conseil Général de la Charente-Maritime afin de leur proposer de racheter le Fort Boyard pour 1 Franc symbolique. Le but de l'opération est simple. Le département devient le propriétaire du monument et réalisera les travaux d’accès et de réhabilitation pour le lancement du jeu, puis les travaux d'entretien au fil des années. La société de production de Jacques ANTOINE ne sera que locataire, et pourra utiliser exclusivement le Fort Boyard pour sa future émission. Le Conseil Général accepte de se lancer dans l'aventure. Nous savons depuis que le département a dépensé plus de 20 millions de Francs (environ 3 millions d’Euros) pour les travaux de réhabilitation. Une somme largement remboursée par les retombées économiques que le département a perçue grâce au tourisme et la célébrité du monument à travers le monde.

Juillet à novembre 1989 : Les travaux de réhabilitation ne se font pas attendre. Il faut effacer près de 70 ans d’abandon, de saletés, de matériaux cassés, d’herbes folles, de pierres. L’accès au fort et grandement repensé, puisqu’une plate-forme de type pétrolière est ancrée à 25 mètres du fort, relié ensuite par une passerelle. À l’intérieur, les cellules retrouvent les portes et fenêtres. Une grande passerelle en bois est créée pour desservir les cellules du premier étage et faciliter les déplacements.
Au début du mois de novembre, l'hiver arrive et les conditions d'accostage sont devenues trop difficile, même avec la nouvelle plate-forme. Un arrêt des travaux de rénovation est donc pris, avec une reprise prévue quelques mois plus tard, dès le printemps 1990.

Le studio télé : Un jeu d'aventure pour sublimer le fort dans le monde entier

Avril à juin 1990 : Au mois d’avril, le Fort rouvre ses portes. Le nettoyage et les gros aménagements sont en phase finale, il ne reste plus qu’à placer les épreuves dans les cellules et les décors de l’émission, notamment la Salle du Trésor et la vigie. Il est temps aussi d'équiper le Fort avec les aménagements techniques nécessaire à la réalisation et aux tournages du jeu.

Photo aérienne du Fort Boyard au printemps 1990Photo aérienne du Fort Boyard au printemps 1990

30 juin 1990 : L’enregistrement de la première émission des Clés de Fort Boyard débute, pour une diffusion seulement 7 jours plus tard sur Antenne 2 ! Le Fort Boyard entame ce jour-là une nouvelle vie et un nouveau chapitre s’ouvre... jusqu'à quand ?

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Commentaires (34)

  • 1. | 15/07/2010
Bravo pour cette nouvelle page !!!!
  • 2. | 15/07/2010
Assez simpa :D
  • 3. | 16/07/2010
Très belle Biographie du Fort
nochot
  • 4. nochot | 21/08/2010
Le futur du fort ce sera ce soir 21/08/2010 pour la dernière de l'émission car les audiences ne sont pas ua rendez vous .Pour le fort il y aurais un projet de reconstruire l'étrave pour le protéger et le havre de débarquement pour pouvoir l'ouvrir au public pour découvrir un musée autour de Vauban
SAM
  • 5. SAM | 10/07/2011
Interessant...
Steph
"1868 : Il ne faudra pas attendre plusieurs années pour se rendre compte que le Fort Boyard n'est peut-être pas très utile. Voila quelques années, que les canons des forts des deux îles ont bien évolué et leurs tirs se croisent sans aucun problème !"
Mois aussi, je l'aime bien, mon milieu défensif!!!
On joue???
Steph
Excuses-moi pour le « mois »…
En même temps, ami du fort, tu comprendras que cette histoire de « croiser les feux », ça me gave…
Histoire de… rétablir l’Histoire…
A+
Steph
FELAHI19911
  • 8. FELAHI19911 (site web) | 04/04/2012
Bravo pour cette nouvelle page
PRONY73
  • 9. PRONY73 | 30/07/2012
Oui très grand bravo ! ! !
kaita
serieux le Ford Boyard il est mais tros beaux c'est Incroiyable .
J'aimerais Aller un jour le voir surper prés se sacré Ford Boyard bas Serieusment Felicitation au gent qui l'un fais et Bravo pour cette nouvelle page.
saminou12
  • 11. saminou12 | 09/12/2012
vraiment incroiyable
lucas37
  • 12. lucas37 | 09/04/2013
ça commence en 1585 et continue en 2013 incroyable
aubry
  • 13. aubry | 29/06/2013
bravo et merçi d'avoir ouvert le site sur internet comme ça on connait l'histoire de fort boyard .
scoote72
  • 14. scoote72 | 30/06/2013
bonjour a tous le jeu fort boyard est bien
Tristan KP
  • 15. Tristan KP | 18/09/2013
Merci de nous raconter cette histoire. c'est claire et agréable. J'en sais plus maintenant... Merci !
Gaetan Demers
  • 16. Gaetan Demers | 28/01/2014
Une super de page web sur un fort qui a vraiment une belle histoire.
Bravo a ceux qui l'ont crée.
Céline.rappe
  • 17. Céline.rappe | 12/03/2014
quand on t-il construit les protection du fort ?
DUPRE Claude
  • 18. DUPRE Claude | 16/03/2014
Très belle rétrospective du Fort Boyard.
Lucie Dextraze
  • 19. Lucie Dextraze | 27/03/2014
Bonjour, Que d'épreuves et d'histoire entourent ce beau et difficile projet. Très intéressant. À mon avis, il faut trouver un nouveau souffle à ce fort qui pourrait inclure histoire, pièce de théâtre, gastronomie et hébergement, enfin tout ce que la France a de divin à offrir. Je serai enchantée d'aller vous visiter un jour. C'est une pièce unique à votre histoire.
lamy
  • 20. lamy | 27/07/2014
bonjour je regarde fort boyaard tout les samedi
lamy
  • 21. lamy | 27/07/2014
je aime regarde fort boyart
andre
  • 22. andre | 14/08/2015
Bravo , c est génial de pouvoir conserver un aussi beau monument, mes enfants adorent l émission mais on été très déçu de ne pas pouvoir visiter l intérieur du fort quand on en a fait le tour en bateau.dommage
Scotty
  • 23. Scotty | 03/03/2016
Bravo
Mike Costa
  • 24. Mike Costa | 16/10/2016
C'est une belle histoire qui vient d'être racontée :-)
Mike Costa
  • 25. Mike Costa | 16/10/2016
C'est une belle histoire qui vient d'être racontée :-)
annie sante
  • 26. annie sante | 14/09/2017
trés jolis <3
Equinoxe79
  • 27. Equinoxe79 (site web) | 30/03/2018
Fort bien documenté, merci de retracer ainsi l'histoire du Boyard et de sa région.
Cordialement (de Rochefort), au Plaisir et bon vent. Equinoxe79
Guilloteau
  • 28. Guilloteau | 01/04/2018
Je viens de découvrir cette page web qui raconte l'histoire de ce fort et bien, c'est un véritablement enchantement d'avoir pu lire les différents stades de constructions et les péripéties de monument historique. J'ai eu la chance d'avoir pu le visiter plusieurs fois et les seuls locataires que nous avions rencontrés étaient les mouettes et les goélands.
Un grand MERCI aux auteurs de ce documentaire.
marmin
  • 29. marmin | 15/09/2018
bonsoir je regard tout les samedis soir
Noctemensis
  • 30. Noctemensis (site web) | 15/09/2018
Bonjour et un grand merci pour cet historique assez bien détaillé, de l'imposant Fort Boyard. J'ai beaucoup apprécié cette initiative.
Shameem
  • 31. Shameem | 23/06/2019
Est ce que je peux avoir le fort gratuitement??
Leonardi Margaux
  • 32. Leonardi Margaux | 19/08/2020
Bonjour, comment le fort boyard tiens t il dans la mer?
FF1645
En fait le fort boyard est construit sur un banc de sable
fan de fb
  • 34. fan de fb | 19/08/2020
bas oui comment ils ont pu le construire comme sa dans l'eau bas sur un banc de sable

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Date de dernière mise à jour : 13/02/2021